Nuit Blanche lance l'exposition #StreetArt

Rencontre avec le commissaire de l'exposition Jérôme Catz.

Découvrez aussi le programme #StreetArt proposé lors de Nuit Blanche

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Pourquoi avoir choisi l’innovation comme fil conducteur de cette exposition street art inaugurée pour Nuit Blanche ?

Cela me semblait une porte d’entrée pertinente aujourd’hui. Je voulais chercher les artistes et les pratiques qui font entrer la technologie et l’innovation dans l’art. Cette perspective offrait un fil un peu avant-gardiste, plutôt que de se contenter d’agréger des artistes sans véritable lien. J’avais abordé le sujet dans mon livre Street Art mode d’emploi (Flammarion, 2013), et la Fondation EDF est venue me voir pour me demander de concevoir cette exposition. Les nouvelles technologies et l’innovation amènent beaucoup au monde de l’art, et depuis longtemps. Dans l’univers des arts urbains, c’est plus récent, mais on peut  déjà imaginer les voies passionnantes que cela va ouvrir.

Pour en savoir plus
#StreetArt

Quels seront les temps forts de l’exposition ?

On y trouvera une partie historique pour contextualiser le cœur de l’exposition, et une autre pour essayer d’ouvrir les portes de demain. Pour la partie historique, nous avons assemblé des pièces rares, difficiles à trouver, avec la volonté de constituer une vraie banque d’information, parfois surprenante, comme les tout premiers fanzines (dont certains attaquent Basquiat, Keith Haring ou Rammellzee, tellement célébrés aujourd’hui comme pionniers du street art). Nous montrons aussi un travail peu connu d’Ernest Pignon-Ernest baptisé les « arbrorigènes », daté des années quatre-vingt. Des œuvres in situ dans les parcs, à partir de moulages de personnages accrochés à des arbres, et qui étaient des cellules vivantes – des algues injectées dans une matrice. Aujourd’hui, certains travaillent avec de la mousse ou des matériaux biodégradables, mais son travail avait trente ans d’avance même par rapport à ce qui se fait à l’heure actuelle ! Nous ferons aussi le lien avec la figuration libre, par exemple grâce une œuvre d’Hervé di Rosa sur les technologies.

Le street art a été historiquement très lié à ses outils, à commencer par la bombe. Que lui apportent les nouvelles technologies ?

D’abord, justement, la possibilité de se libérer de l’outil traditionnel. On ne travaille plus seulement avec une bombe, mais aussi avec la lumière, par exemple. Il ne s’agit plus d’être uniquement du côté du vandalisme ou de l’illégalité, on passe maintenant à une pratique très encadrée. On le verra avec Picturae, une application qui donne la possibilité de créer des graffitis numériques, virtuels, et dont le rendu est très proche du réel. Le « waterlight graffiti » permet des tracés en lumière avec de l’eau grâce à une myriade de circuits électriques. Autre façon de dessiner avec de la lumière : le « light graff », qui représente un pan important de ce renouveau technologique. Rézine, l’un des pionniers de cette pratique, compose des œuvres qui, par des jeux de pochoir, recréent des immeubles et un environnement urbain... Nous montrerons aussi le « cloud tagging » utilisé par Ron English. Il écrit avec des nuages de fumées, lâchés par des avions reliés entre eux grâce à un puissant GPS !

La voie vers un renouvellement esthétique du mouvement ?

Cela ouvre en tout cas prodigieusement le champ des possibles. On passe en XXL, on projette, on intervient sur une surface, aussi grande soit-elle. De nouvelles pratiques voient le jour, grâce aux artistes qui amènent une idée. Comme Vhils, qui travaille à la dynamite et au marteau-piqueur et dont nous allons montrer le travail d’explosion. Je pense aussi à Zevs, un chercheur né qui a toujours poussé l’expérience aussi loin qu’il le pouvait, pour faire un pied de nez à la police ou à l’institution. On lui donne une carte blanche, nous ne savons même pas quel endroit il choisira d’investir. Ses interventions, qu’on peut appeler des « graffitis invisibles », seront faites avec des pigments révélés uniquement par la lumière noire. Nos médiateurs auront des torches pour les montrer…

Ce jeu sur le visible et l’invisible, on le retrouve dans le travail sur l’infiniment petit d’Isaac Cordal ou Slinkachu, qui sera présenté…

Eux aussi ont introduit une nouvelle manière de faire en travaillant sur l’infiniment petit. Les œuvres de Cordal font entre dix et quinze centimètres. Il en posera une près de la Fondation. Mais la seule manière de restituer son travail, au fond, c’est la photographie. Or celle-ci participe aujourd’hui du street art à une échelle presque plus importante que la réalisation de l’œuvre elle-même, puisqu’elle permet de la diffuser et de la montrer dans le monde entier. Il est intéressant de faire comprendre que c’est une nouvelle manière de faire du street art, ouverte sur l’infiniment petit. Une partie de l’exposition s’appellera « Numériser pour pouvoir partager ». Avec Internet, la diffusion est instantanée, et l’offre explose. Les propositions sont filtrées par la base, par tous ceux qui regardent.

L’interactivité a bouleversé les codes du street art ?

En tout cas, beaucoup des œuvres que nous présenterons seront interactives. Comme le travail de Sweza, qui intervient sur QR codes. On scanne un code sur une affiche de vieux poste et le téléphone envoie une musique tout en affichant une cassette sur l’écran ! Cela offre aussi la possibilité de voir ce qu’enregistre une caméra de surveillance – en intervenant aussi à l’extérieur, l’artiste nous permettra de se voir traverser la rue et se rendre compte de la réalité de Big Brother… Patrick Suchet, qui travaille avec Picturae, ou Antonin Fourneau, artiste familier du « Water Light Graffiti Wall », présenteront aussi des dispositifs interactifs. Ces artistes sont en constante veille technologique. Je suis convaincu que le street art va permettre de refaire le lien entre art et public, même si les institutions freinent encore beaucoup. Pour avoir créé des espaces d’art, Spacejunk, très ouverts au street art, j’ai bien vu que l’intérêt pour ces pratiques ne cessait de grandir. Des ateliers seront proposés, et les visiteurs pourront repartir avec les images qu’ils auront créées. Ces nouvelles technologies sont accessibles à tous. Pas besoin de savoir dessiner ou découper un pochoir ! J’espère que ça va donner envie à beaucoup de gens d’essayer, et de se réapproprier l’espace urbain, de s’y exprimer d’une manière nouvelle.

 

A l'occasion du parcours Nuit Blanche

Performance du collectif BenTo

Jadikan et Rézine feront le portrait des visiteurs en Light Graff.

Mise en musique avec Nova : Isadora Dartial de 18h30 à 20h30 et Kristiz de 22h00 à 00h00

Du 22 août jusqu'au 3 octobre 2016,
inscrivez-vous aux trophées des associations

La Fondation EDF remet 32 trophées d'un montant
de 400 000 euros aux petites et moyennes associations qui oeuvrent en faveur des jeunes et qui portent des projets dans trois domaines : citoyenneté et éducation, santé et prévention des comportements à risques, solidarités numériques.

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