L'Espace Fondation EDF accueille Pol Bury

La Fondation EDF a souhaité mettre en valeur l’art cinétique du XXe siècle en proposant au public de (re) découvrir Pol Bury (1922-2005). Artiste belge qui a passé sa vie à Paris, il a mis en mouvement, d’abord manuellement, puis grâce à l’électricité, les matériaux les plus variés et les formes les plus souples tout en privilégiant au fil de ses créations les surprises subtiles, l’inattendu et la contemplation amusée. À l’occasion du 10e anniversaire de sa disparition, la Fondation EDF entend ainsi rendre hommage à l’œuvre d’un grand artiste du mouvement. Rencontre avec Daniel Marchesseau, le commissaire de l'exposition.

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Pourquoi avoir choisi la Fondation EDF pour cette exposition sur Pol Bury ?
Quasiment toutes les œuvres de cet artiste qui s’est intéressé au mouvement sont mues par l’électricité ! Et sa dernière grande exposition rétrospective dans une institution parisienne remonte à 1982 au Musée d’art moderne de la ville de Paris (MAMVP). Il était donc temps de redécouvrir cet artiste, et ce d'autant plus en cette période qui voit une réaffirmation des années 1960-1980 – comme l’illustrent les récentes expositions Julio Le Parc, Takis, Télémaque, Antonio Seguí, Erró… Nous avons la nouvelle figuration d'un côté, et tout ce qui appartient à cette révolution créative portée à l’époque par des figures importantes comme Denise Renée ou Iris Clert, et mise en lumière par des expositions historiques telle « Lumière et mouvement » au MAMVP en 1967. Celle-ci réunissait des signatures aussi différentes que Julio Le Parc, Agam, Carlos Cruz-Diez, Pierre Vasarely, Yvaral, Pol Bury… Une communauté artistique se développe autour du mouvement et de l’art optique qui ne disait pas son nom, contrairement au surréalisme fédéré par un André Breton.

Vue de l'exposition Pol Bury

Pol Bury est resté Belge tout en ayant fait carrière à Paris ?
Il a passé plus de la moitié de sa vie en France, puisqu’il s'y est installé au début des années 1960 jusqu’à sa mort en 2005. Il fait partie de ces figures étrangères qui ont choisi Paris. Ce n'était pas évident dans son cas car, assez vite après avoir été reconnu par Iris Clert, il part aux Etats-Unis où il est très applaudi par un grand marchand américain d'origine européenne, John Lefebre. Il défendait à New York les artistes européens – ce qui est assez singulier je dois dire – et en particulier ceux de CoBrA. Pol Bury était très ami avec Pierre Alechinsky qui lui présente John Lefebre à la Biennale de Venise en 1964, où Pol Bury représente la Belgique. Tout cela marche formidablement bien, tant et si bien qu'au mois d'octobre de la même année, Lefebre organise à New York une exposition de Pol Bury qui est immédiatement un énorme succès.

Pol Bury

Lorsqu’il revient à Paris en 1972, il est un artiste incontournable et reconnu ?
Ce sera une époque de grande effervescence sur le plan culturel avec la fameuse « Expo 72 » au Grand Palais souhaitée par le Président de la République Georges Pompidou. Nous présenterons d’ailleurs la très grande pièce de 7 mètres de long commandée justement par le ministère de la culture à cette occasion. Il fera appel à la régie Renault pour réaliser une œuvre à la pointe du progrès, avec ces 25 tonnes pour ces 50 colonnes animées – pièce aujourd’hui à la Fondation Maeght à Saint-Paul-de-Vence. Si vous lisez le livre d’Ann Hindry, Renault et l’art contemporain, vous verrez combien la participation d’un Vasarely aux expérimentations de la régie a été importante, par exemple pour la pérennité chromatique de certains pigments qui étaient cuits à certaines températures pour des voitures. Cela permis à un certain nombre de plasticiens de progresser et de faire des expérimentations considérables, à leur profit finalement.

En 1981, Jack Lang - devenu Premier Ministre en 1981 - commande à Pol Bury les deux fontaines du Palais Royal et d'une façon très voisine, les colonnes de Buren, je dirais de façon mitoyenne même. Et tout cela participe d'une époque où l'invention technique permet de soutenir le rêve, et le rêve chez Bury, c'est la lenteur du mouvement mise au profit d'une surprise, d'une attention renouvelée demandée au spectateur. C'est d'autant plus intéressant qu'il sera plus tard très admiré au Japon. Cette concentration du spectateur nécessaire face aux œuvres de Pol Bury participe d'une manière lointaine, d'une exigence nippone. On découvre alors dans toute l'Europe, après les Américains, l'importance considérable de l'espace temps d'origine zen.

Combien de pièces avez-vous réuni pour l’exposition ?
Nous avons réuni 80 œuvres, ce qui finalement est déjà beaucoup par rapport à l’Espace Fondation EDF, donnant une idée de l'extraordinaire diversité et de la richesse de toutes ses expérimentations qui commencent véritablement avec la première exposition sur le « Mouvement » à la galerie Denise Renée en 1955 et dont le catalogue était préfacé par un certain Pontus Hultén.

Comment allez-vous découper cette exposition, comment a-t-elle été conçue ?
Il a beaucoup œuvré par séries. Les premières sont les Érectiles, un travail où la connotation sexuelle est finalement limitée. Il joue beaucoup sur les mots et ici, il s’agit pour lui d’une manière de décrire les petits fils de nylon rassemblés en forêt et mus par un moteur électrique. Nous présentons plusieurs de ces œuvres réalisées dans les années 1960, dont celle du musée de Grenoble qui est peu souvent exposée, probablement une des plus importantes en taille. Les Érectiles sont plus mystérieux que les grandes sculptures de bois, un autre ensemble présentant des éléments un peu dissonants, toujours articulés par des fils électriqueset mus par des aimants. Ils tournent et jouent sur l'aléatoire du mouvement. Nous présentons 6 pièces de toute première qualité. Assez vite, Pol Bury abandonne le bois : il part aux États-Unis où il appréhende un nouveau matériau, l'acier, auquel il va apporter ses lettres de noblesse. Le musée de l'université d’Iowa lui commande en 1969 une première fontaine en métal inoxydable, et il va être ainsi un des premiers en France à utiliser ce matériau – peut-être avec Claude Viseux. L'exposition essaie de montrer Bury dans son ambition avec des œuvres des années 1960-1970 relativement grandes, car elles l’amènent à aborder l’espace urbain et paysager, sa principale curiosité pendant les années suivantes. Il va réaliser plus d’une soixantaine de fontaines dans le monde, renouvelant la conception fontainière telle qu'elle existait à l'époque classique. Ce qu'il y a de très subtile, c'est ce mouvement intrinsèque des formes qu'il met en scène et qui peuvent bouger avec ou sans eau. À ce moment, le jeu entre l'acier poli et l'acier brossé permet de retrouver certains effets de miroir – des miroirs sorcières –, reflétant le ciel. D’ailleurs, il appelle certaines pièces à la fin de sa carrière « les miroirs du ciel », qui sont véritablement comme des anamorphoses de ciels.

Pourquoi a-t-il redonné cet intérêt aux fontaines précisément ?
Dans l'exposition, nous montrons un certain nombre de maquettes de ces fontaines ainsi que des projections de films où on les voit en mouvement et comment elles s'inscrivent dans un paysage urbain. Elles sont à la fois fontaines et sculptures.

La période chronologique que vous saisissez dans l'exposition se concentre essentiellement sur les années 1960 à 1980 ?
Oui, mais il créera des fontaines jusqu’en 2005. Il a beaucoup expérimenté, mais j'ai préféré mettre l'accent sur la sculpture plutôt que sur ses œuvres murales. Nous en présenterons quelques unes qui illustrent bien la façon dont il décline certains plans dans l'espace, et je pense simplement à un carré de papier blanc multiplié par 200. Il en fait une espèce de bas-relief vibratile qui semble bouger à la lumière, une expérimentation au niveau de la conjonction des formes. Parce que le mouvement appartient également au cinéma, Pol Bury s’aventure dans des expérimentations cinématographiques : nous allons projeter plusieurs de ses petits films dans l'exposition. Il y fait preuve d’un esprit assez fantasque et inattendu, parfois un peu potache, qui manie un humour extraordinairement inattendu. Il a été extraordinairement inventif et il a été probablement beaucoup plus important qu'on ne l'a décelé à l'époque. Je n’oublie pas cet ensemble de bijoux, qui est parmi ce qu’on appelle les premiers bijoux d’artistes – avec une quinzaine de bagues, colliers, bracelets, pendants d’oreille… Il a commencé à les produire lorsqu’il a rencontré sa future femme. Nous avons été aussi fidèles que possible à la variété et à la diversité de sa création au nom de 60 années de travail. On peut dire que l'exposition couvre un demi-siècle de création.

POL BURY, Instants donnés
du 28 avril au 23 août 2015

Espace Fondation EDF - 6, rue Récamier 75007 Paris
Tél : 01 53 63 23 45
Exposition ouverte du mardi au dimanche de 12h à 19h
(sauf jours fériés)
Entrée libre

(voir localisation sur Google Maps)

Du 22 août jusqu'au 3 octobre 2016,
inscrivez-vous aux trophées des associations

La Fondation EDF remet 32 trophées d'un montant
de 400 000 euros aux petites et moyennes associations qui oeuvrent en faveur des jeunes et qui portent des projets dans trois domaines : citoyenneté et éducation, santé et prévention des comportements à risques, solidarités numériques.

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