Ouvrir la science aux jeunes et les jeunes à la science

L’association Science Ouverte agit dans les territoires socialement défavorisés pour ouvrir la science aux jeunes, lutter contre leur sentiment d’enfermement culturel et social et susciter des vocations scientifiques. En près de 10 ans, plus de 70 000 jeunes ont déjà bénéficié de ses actions, dont 25 000sur des activités longues. La Fondation EDF, qui a fait de la solidarité et du progrès les priorités de son action, souhaite favoriser l’accès à la connaissance et au savoir, et notamment, le goût des jeunes pour la science et l’innovation. En mai 2016, elle a renouvelé son aide à l’association Science Ouverte, déjà soutenue en 2014. Une dotation de 60 000 euros a été accordée, destinée à développer son action dans les lycées et collèges de Seine-St-Denis.
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« Le regard porté sur les sciences est souvent ambivalent, note François Gaudel, président de l’association Science Ouverte et ancien professeur de mathématiques. Les études scientifiques sont à la fois vues comme un élément d’ascension sociale mais aussi, a contrario, de ségrégation sociale. Or, pour s’y épanouir,  les sciences ne doivent pas seulement être perçues comme une motivation ou un moyen mais aussi comme une manière de comprendre le monde. »

Ouvrir la science aux jeunes des quartiers sensibles 

Science Ouverte veut contrecarrer le sentiment d’isolement à la fois culturel, social et territorial (la sensation d’être prisonniers de leur territoire) que ressentent beaucoup de jeunes des quartiers sensibles. Elle souhaite mettre la science – souvent jugée rébarbative et difficile d’accès- à la portée de ces jeunes. « Nous voulons casser ce sentiment de relégation par de la présence, du contact humain et des activités de qualité , permettant de s’approprier de réels apprentissages scientifiques», déclare le président de l’association. L’association intervient principalement à Drancy et à Bobigny, et sur tout le département de Seine-Saint-Denis, qui souffre, selon François Gaudel, d’ « un cercle vicieux de ghettoïsation », les parents ayant un fort projet scolaire déménageant pour permettre à leurs enfants de bénéficier d’un meilleur établissement. « Nous agissons pour créer une dynamique forte, sur place, dans le territoire ».

Initiée dans les années 90, l’association a été fondée en 2007. Elle est portée par une soixantaine de bénévoles et une petite équipe salariée et s’appuie sur un réseau d’enseignants, , de médiateurs scientifiques et de chercheurs très impliqués et le soutien d’inspecteurs d’académie. Elle met en place des conférences, des interventions scolaires et des stages scientifiques pendant les vacances. Elle organise du tutorat et des ateliers de soutien scolaire pour encourager les jeunes à poursuivre des études scientifiques et les accompagne dans leurs études. Elle propose même des ateliers d’orientation et des « speedmeeting » sur les métiers scientifiques, auxquels participent les salariés du Groupe EDF.

velopper le raisonnement scientifique, des primaires aux lycéens

« Il faut réintroduire les notions de doute et de questionnement car il n’y a pas de science sans doute », souligne François Gaudel qui s’étonne encore que, lors d’une conférence sur les sciences et la religion, des élèves de Terminale aient réagi de manière très rigide à l’idée que l’homme puisse « descendre du singe ».

En 2016, Science Ouverte est intervenue dans 16 classes de la Grande section au CE1, où elle aborde de manière ludique et expérimentale les notions de compter, trier et mesurer. Au collège, « à l’âge où l’on s’intéresse et l’on se passionne », 1500 élèves ont été suivis en tutorat et des stages ludiques, bien que rigoureux, comme « mathématiques et magie » ont été proposés. L’association qui souhaite accroître ses interventions au collège a recruté deux stagiaires Polytechniciens pour travailler sur les actions qui pourraient être développées dans les collèges.  270 lycéens ont aussi bénéficié d’un tutorat, 5 000 ont suivi des conférences ou animations scientifiques et 250 ont participé à des stages pendant les congés. Les thèmes proposés sont aussi divers que s’initier à la programmation pendant une semaine, mêler maths et théâtre  ou comprendre la gravitation , avec des sujets de recherche comme  „Comment trouver la forme d’une surface sans la regarder de l’extérieur ?». « Certains jeunes font jusqu’à 10 ou 12 stages avec nous. Le recordman des participants a suivi 24 stages, il est aujourd’hui en 2è année de l’ENS Cachan », se félicite François Gaudel, qui souligne également que « contrairement aux idées reçues, il y a une majorité de filles dans nos programmes, même si on en trouve plus dans les activités de biologie ».

Un impact réel sur la réussite et le parcours scolaire des élèves 

L’association collecte les résultats scolaires des élèves suivis pour évaluer l’efficacité de ses actions. « Les résultats de nos élèves sont en moyenne dignes d’un très bon lycée, nous nous situons au dessus de la moyenne nationale pour le BAC, constate le Président de l’association. Certains élèves sont devenus professeurs de mathématiques, une dizaine ont intégré Polytechnique ou les écoles Normales supérieures. Nous avons constitué un pôle de réussite, pas encore assez visible, qui crée de l’émulation. »

L’association s’est vue récemment proposer par la mairie de Drancy de monter un petit musée scientifique dans une ancienne agence EDF désaffectée. Elle projette d’y créer un centre d’exploration et de rayonnement des sciences, doté d’une exposition permanente sur les jeux mathématiques – ce qui n’existe pas encore en France- d’expositions temporaires, de salles pour les stages, d’un fablab et d’un auditorium. « Toutes les semaines, une association de soutien scolaire se crée dans les quartiers sensibles, mais une autre se ferme aussi. Il y a besoin de structures stables, comme celle-ci », constate le président de Sciences Ouvertes.

Science Ouverte fait aussi participer des équipes à des tournois de mathématiques et les emmène à la remise de la médaille d’or des sciences du CNRS. Elle impulse ou participe régulièrement à des projets plus exceptionnels comme cette expédition en Arctique pour laquelle un directeur de recherche du CNRS préparé et emmené quatre jeunes pour ramasser des échantillons et participer à des études pour les laboratoires du CNRS. Autant de manières différentes d’aborder et de faire aimer les sciences.