Sophie, marraine de Patrimoine sans frontières témoigne

Le 19 juin dernier, Patrimoine sans frontières a fêté la fin de son programme patrimoine en partage avec les élèves. Sophie, salariée EDF et marraine de l'association était présente, elle nous parle de ce programme.

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Il y a quelques mois, Sophie a dit « oui » à la Fondation EDF pour « marrainer » l’association Patrimoine sans frontières. Celle-ci a créé un projet qui accompagne les collégiens âgés de 11 à 16 ans arrivés en France depuis peu, pour les aider, au travers de leur apprentissage de la langue de Molière, à prendre confiance en eux, mais pas seulement…

Zyad, 14 ans, vient d’Algérie. Imbali, 16 printemps, de Guinée Bissau. Tandis qu’Akila, lui, est venu il y a trois ans du Sri Lanka avec son petit frère. Pour l’heure, c’est un peu l’agitation dans la classe d’accueil de ce collège de Noisy-le-Sec, en Seine-Saint-Denis, où 14 nationalités différentes se côtoient depuis septembre dernier. Quatre visiteurs ont poussé les portes de leur classe, et les élèves se sentent à la fois heureux et intimidés. Je me fais toute petite. Grâce à Romain Bijeard, délégué général de l’association Patrimoine sans frontières, soutenue par la Fondation EDF, je peux enfin les rencontrer.

Classe sans frontières

Avec le film « La Cour de Babel » de Julie Bertucelli, les médias se sont intéressés à ces adolescents âgés de 11 à 18 ans qui quittent leur pays d’origine, dans des conditions souvent difficiles, pour être scolarisés au sein du premier et du second degré. J’apprends que l’an dernier pas moins de 45 300 élèves nouvellement arrivés ont été accueillis par l’Education nationale en « classe d’accueil » ou « UPE2A », – une abréviation barbare ! – pour désigner un système scolaire parallèle mis en place dans les années 1970. L’objectif ? Aider ces élèves ne parlant pas français, et n’ayant parfois jamais été scolarisés auparavant – à s’insérer dans leur pays d’accueil.

En France, le département de Seine-Saint-Denis compte le plus grand nombre de classes d’accueil, même si tous les établissements n’en sont pas pourvus. Aujourd’hui, on estime à un an le temps d’adaptation d’un élève en UPE2A, mais ceux qui ont le niveau peuvent intégrer en cours d’année le cursus classique. Comment leur donner les clés pour maîtriser la langue, mais aussi développer de nouveaux repères sociaux et culturels ? « Dans ces classes, on enseigne ni du Français langue étrangère, ni du Français langue maternelle », souligne Tiphaine Mérot, chargée du développement de l’association Patrimoine sans frontières. « Il s’agirait plutôt d’un Français « langue seconde » situé entre les deux. Aujourd’hui encore, les enseignants manquent d’outils pédagogiques pour aider ces élèves », souligne-t-elle. Pourtant, dans cette classe, la première impression est celle d’un pays à la diversité apaisée, loin des guerres et des conflits, un petit pays où joue à plein la solidarité.

 « Allez, courage Stéphane, n’aie pas peur présente-toi ! » Christophe aime mettre en confiance ses élèves. Il entend les accompagner, en les questionnant, si possible avec humour. « En arrivant, ils pensaient qu’ils allaient être des coquilles vides que nous allions remplir. Hé non ! Quand on rentre à l’école, ce n’est pas pour faire table rase du passé, mais au contraire, on y rentre avec ses spécificités, son histoire. J’essaye de les faire parler de ce qu’ils connaissent plutôt que de les confronter à ce qu’ils ne savent pas. »

Patrimoine en partage

C’est dans cet esprit que l’association met en pratique, et pour la première fois, le projet Patrimoine en partage dans huit classes d’accueil de Seine-Saint-Denis. « C’est un projet de sensibilisation au patrimoine dans un sens très large, explique Tiphaine Mérot. Nous leur faisons aborder le patrimoine comme un outil de transmission, qu’il s’agisse de la mémoire familiale, de leur village, de leur quartier, voire d’un métier ou d’une chanson ».

Mais parler de patrimoine familial, c’est parfois très douloureux, pour ces adolescents qui ont eu déjà plusieurs vies avant d’arriver en France. C’est le cas d’ Imbali, par exemple : né en Guinée Bissau d’où il est parti à 4 ans, il a vécu 10 ans en Espagne avant d’arriver en France. Alors, l’association a choisi de travailler par thèmes. « Nous intervenons cinq fois dans l’année pour animer une discussion autour de plusieurs thèmes : le lieu, une œuvre littéraire orale ou écrite, la fête, et enfin un thème libre », explique Romain. « L’idée est qu’ils puisent dans leurs souvenirs, effectuent des recherches sur le net, ou encore interrogent leurs proches. Ils intègrent ensuite leurs recherches dans un outil numérique mis à leur disposition. Ces travaux feront l’objet d’un livre de la classe que nous leur donnerons en fin d’année », souligne Tiphaine.

« Se nourrir de la joie de la fête »

Après Zyad, qui est venu présenter la fête de l’Aïd, c’est au tour de Manuel, de raconter « sa » fête : la Révolution des œillets. Un moment historique qui intéresse aussi Sakura : « C’est important aussi pour nous en Angola, cette fête. La révolution nous a permis de nous libérer de la domination des Portugais ». Imbali monte ensuite sur l’estrade pour présenter le carnaval des masques qui se déroule en Guinée Bissau, fin février. « Que mange-t-on pendant cette fête ? », lui demande-t-on, et, lui, très fier, de répondre joliment : « On se nourrit de la joie de la fête ». Chacun enchaîne sur une anecdote. Ainsi,  Monica, la petite roumaine : « Notre fête nationale est un moment important. On chante l’hymne roumain. Vous le connaissez ? Moi, je n’oublierai jamais quand ma grand-mère m’a posée sur ses genoux et m’a dit : “ il ne faut pas oublier d’où tu viens ” ».

Dans cette classe de Babel, chacun apporte son bout d’histoire, qui complète celle des autres. On sort de là humble, et riche de ces petits morceaux de vies, si précieux pour eux, et si émouvants pour nous.

Du 22 août jusqu'au 3 octobre 2016,
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La Fondation EDF remet 32 trophées d'un montant
de 400 000 euros aux petites et moyennes associations qui oeuvrent en faveur des jeunes et qui portent des projets dans trois domaines : citoyenneté et éducation, santé et prévention des comportements à risques, solidarités numériques.

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