Mondes électriques


Cette exposition explore
la diversité des regards
sur l’électricité.

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L’histoire de l’électricité vue par Alain Beltran


Sommes-nous tous égaux devant l’électricité ? Est-elle la même pour tous ?
Comment les représentations que l’on se fait de cette énergie invisible diffèrent-elles selon les époques, les cultures ?
Rencontre avec Alain Beltran, commissaire de l’exposition.

Quel est le propos que vous développez dans l’exposition Mondes électriques ?
Alain Beltran : L’exposition se concentre sur les discours tenus sur l’électricité, sur les rêves qu’elle a engendrés, qui sont à la limite de l’utopie. Ce n’est donc pas une exposition sur ses applications, mais sur la diversité des regards. Le parcours explorera ces rêves dès la fin du XIXe siècle (au rez-de-chaussée) pour ensuite dresser le bilan de l’inégalité de l’électrification aujourd’hui entre les pays occidentaux et les pays émergents (à l’étage), et rappeler des situations exceptionnelles comme le blackout de guerre, lorsqu’il faut se cacher ou les grandes pannes des années 1970-1980, lorsque les réseaux sautaient (au sous-sol).

Quels seront les objets phares de l’exposition?
A.B. : Le parcours permettra au visiteur de découvrir des objets très variés comme cette statue en bronze de la Fée Électricité de la fin du XIXe siècle ; de revivre l’expérience de l’œuf de Colomb par Tesla montrée en 1893 à l’Exposition universelle de Chicago, où l’œuf tourne sur lui-même un moment avant de se tenir debout grâce au champ magnétique ; d’approcher cette brouette avec son moteur, des mallettes d’électrothérapie, d’aborder ces maquettes de véhicules électriques ou cet avion électrique qui n’a jamais existé, de se pencher sur le stylo d’Edison, une invention qui n’a pas eu de suites et qui est étonnante de miniaturisation. De nombreux films sont également proposés – dont un certain nombre muets – sur les usages rêvés de l’électricité comme l’incroyable Maison électrique de Buster Keaton, des films de propagande sur les promesses d’arrêt de l’exode rural et de repeuplement des campagnes grâce au développement de l’électricité…

L'électricité est-elle plus noble que les autres énergies ?
A.B. : Il y a plusieurs choses. Tout d’abord, il faut rappeler que l’on connaissait l’électricité depuis longtemps : la pile de Volta date de 1800. Simplement, à la fin du XIXe siècle, l’électricité est devenue mature et industrielle autour du développement d’un ensemble d’applications qui apparaissent infinies. C’est la première chose qui a frappé les contemporains : ils ont eu l’impression qu’ils étaient arrivés au but du progrès ultime, c’est-à-dire que cette invention répondait à toutes les attentes et apportait tous les bonheurs. D’où l’expression de « Fée Électricité », car que demande-t-on à une fée si ce n’est d’exaucer un vœu, n’importe lequel ? C’est cette croyance magnifique qui culmine vers 1900, à une époque où l’on croit beaucoup en la science : la science, c’est le progrès et l’électricité, c’est être moderne.

A-t-on une estimation du nombre de personnes qui sont dépourvues d’électricité ?
A.B. : Autour d’un milliard de personnes n’ont pas d’électricité aujourd’hui sur les 7 milliards d’individus peuplant la planète. Ensuite, beaucoup y ont accès de façon médiocre : pas tous les jours, en quantité insuffisante, disponible à 100 volts pour alimenter des appareils conçus pour du 220 volts… Les populations ont des solutions alternatives pour essayer de produire et de consommer de l’électricité, des systèmes D. Dans les favelas brésiliennes par exemple, les populations utilisent des bouteilles d’eau avec un mélange d’eau de javel qui permet de capter la lumière du jour et de la restituer la nuit. En Afrique, il est fréquent de voir des étudiants le soir au pied des lampadaires des grandes avenues, car il n’y a pas de lumière chez eux ! Mais il y a également tout ce qui s’apparente au détournement et au vol.
À côté de cela, il y a la construction de vrais réseaux avec des difficultés propres à ces pays, comme les distances qui peuvent jouer contre le Brésil par exemple. Un énorme barrage a été construit dans le sud, mais ensuite, il faut acheminer l’électricité dans tout le pays, ce qui est problématique.

 

Infos pratiques :

Exposition Mondes électriques
Du 14 novembre 2012 au 17 mars 2013, 
à l'ESPACE FONDATION EDF,
6, rue Récamier 
75 007 Paris
Entrée libre, tous les jours de 12h à 19h (sauf lundi et jours fériés) 
Visites guidées sur réservation. 
Tél : 01 53 63 23 45