Traverser la lumière


Nathalie Junod Ponsard
« Le visiteur se situe dans l’œuvre elle-même »

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Un environnement inondé de lumière(s)

La Fondation EDF présente dans son espace d’exposition une installation lumière inédite, créée par Nathalie Junod Ponsard. Du 5 octobre au 10 novembre 2013, l’artiste invite le public à traverser un environnement inondé de lumière(s) si intense(s) qu’il lui fait perdre l’ensemble de ses repères spatio-temporels.
Cette oeuvre, qui sera inaugurée à l’occasion de la Nuit Blanche 2013, permettra au visiteur d’être plongé, le temps d’un cycle de vingt deux minutes, dans un espace bicolore et en mouvement balayant les douze couleurs du spectre lumineux. Rencontre.

La Fondation EDF vous a commandé une œuvre. Pouvez-vous nous indiquer quel a été votre point de départ ?

Cette œuvre est conçue en rapport avec l’espace, ses qualités et la nouvelle expérience lumineuse et esthétique que je souhaite y insuffler. La résonance de l’œuvre dans le lieu est importante : il s’agit ici d’une ancienne station électrique, l’œuvre lumineuse circulera dans tout le site.

Lorsque vous recevez une commande de ce type pour une œuvre in situ, qu’est-ce qui vous préoccupe en priorité : l’espace spécifique, la lumière déjà existante, la couleur que vous souhaitez y voir ? Comment allez-vous concevoir votre installation ?

La priorité va à la spatialité du lieu et l’idée d’une plongée dans une lumière particulière, artificielle et expérimentale. Si le lieu est baigné de lumière naturelle, je la modifie comme dans l’œuvre créée au Singapore Art Museum. Les paramètres au centre de mon œuvre sont électriques et chromatiques et se synchronisent avec le lieu. Je choisis certaines longueurs d’onde pures et saturées. Ici, j’offre une expérience lumineuse qui s’annonce changeante par paliers successifs, mais fondus.

Comment travaillez-vous dans ce cas ? Vous immergez-vous dans le lieu durant un certain temps ?

Il existe deux façons de procéder : l’idée vient d’un travail de réflexion, de l’analyse fine de l’espace et des coordonnées qui engendrent une situation lumineuse et chromatique circulant dans le site. La seconde façon consiste à y révéler une nouvelle thématique faisant suite à des expérimentations de lumière et de longueurs d’onde. Connaissant bien l’Espace Fondation EDF, c’est avec la mémoire de celui-ci que je projette diverses pistes.

Comment travaillez-vous concrètement sur un projet : réalisez-vous de nombreux clichés du lieu, des dessins préparatoires, des croquis ?

Tout d'abord, je déambule dans le site. Je prends des photographies du lieu, des notes. Puis viennent les idées et les esquisses et démarre le travail sur des visuels précis qui donnent à voir l’œuvre de lumière enveloppant l’espace. Une phase d’essais viendra ensuite.

Sur le plan technique, comment vous y prenez-vous : travaillez-vous avec de nombreux assistants ou bien avec une équipe technique différente en fonction de la spécificité du site ?

Je travaille avec la même équipe depuis quelques années. Je m’entoure de techniciens, assistants et parfois ingénieurs. À l’international, je travaille le plus souvent avec des équipes locales.

Dans vos travaux, la lumière n’est pas fixe, mais mouvante et graduée. Vous donnez de l’importance dans votre œuvre à la perception du temps, vous requérez de la part du spectateur qu’il s’immerge dans l’œuvre au point de perdre ses repères… La citation d’André Malraux, « Pénétrer avec lenteur dans l’espace et dans le temps conjugués », prend tout son sens avec vous…

Dans mes travaux, j’intègre une double notion d’espace et de tempsMes œuvres transposent le visiteur dans un espace autre, modifié, densifié. Il est aspiré dans une immersion lumineuse et mouvante qui entraîne soit une modification physique de ses repères spatiaux, soit une modification physiologique des repères perceptifs. Le visiteur se situe dans l’œuvre elle-même, dématérialisée, faite de photons lumineux. La lumière est comme un révélateur d’une influence constante sur nous-mêmes, qui annonce la confrontation avec l’instant présent et peut être l’infini. J’ai utilisé cette phrase de Malraux comme citation pour la commande publique du ministère de la Culture, Crépuscule persistant. C’est une œuvre lumineuse dans la fontaine de la place parisienne André-Malraux qui incite le public à tourner autour au rythme de la lumière mouvante et circulaire. Je travaille sur les rythmes humains.

Aimez-vous surprendre le public, le mettre presque dans la situation d’éblouissement, ou bien souhaitez-vous lui provoquer un état de flottement, de méditation ou de contemplation ?

Mes œuvres engendrent des sensations d’énergie que je fais varier suivant les lieux et les situations : sensation de flottement, d’éblouissement, d’endormissement ou d’énergie, vertige visuel… Le public aime errer dans les espaces vides plongés dans la lumière intense. J’induis dans ces espaces de nombreuses sensations lumino-chromatiques qui agissent physiquement et physiologiquement. À l’Espace Fondation EDF, il s’agit d’insuffler dans le site une lumière mouvante et puissante qui, palier après palier, change de chromatisme suivant le spectre lumineux en un rythme et une temporalité particulière. Le mouvement est circulaire et horizontal.

Toutes vos œuvres ont des titres très spécifiques. Est-ce important pour vous ?

Parfois je souhaite apporter un éclairage supplémentaire qui ouvre une nouvelle dimension. Le titre peut également affirmer le contenu de l’œuvre, le concept, l’expérience. Très souvent j’associe deux mots et je créée une expression. Cela donne un assemblage étonnant qui se propose comme un questionnement lancé au visiteur.

Cette pièce-ci s’intitule L’Épaisseur de la lumière. Comment l’envisagez-vous ?

Le titre génère l’œuvre. Avec le mot « épaisseur », j’induis une spatialité, mais aussi une force sous-jacente. La lumière s’accapare la structure et les matériaux du lieu, elle est présente dans la totalité du site sur les deux étages de haut en bas à partir des mêmes projecteurs.

Depuis longtemps les artistes s’intéressent à la lumière. Quelle démarche vous a mené à souhaiter utiliser la lumière comme matériau/médium quasi exclusif ? Comment s’est déroulé votre parcours ?

Des souvenirs étant enfant à observer un rayon de soleil se déplacer, la lumière électrique évoquait pour moi un monde merveilleux, j’étais captivée par le cycle jour/nuit. Très vite dans mes études d’art j’ai travaillé avec le médium de la lumière et expérimenté ses divers aspects pour en venir à la spatialité des lieux. La question de l’immersion lumineuse est venue en regardant le public agir dans mes installations de lumière.

J’apprécie les échanges avec des scientifiques, des physiciens, des astrophysiciens, mais aussi des philosophes. Mes séjours en Asie m’ont permis de découvrir de nouvelles formes de pensée.

Propos recueillis par Isabelle de Maison Rouge

 

Infos pratiques : 

Exposition "Traverser la lumière"
du 5 OCTOBRE – 10 NOVEMBRE 2013
Espace Fondation EDF
6, rue Récamier
75007 Paris

Entrée libre
Tous les jours sauf les lundis
De 12h à 19h
01 53 63 23 45

Du 22 août jusqu'au 3 octobre 2016,
inscrivez-vous aux trophées des associations

La Fondation EDF remet 32 trophées d'un montant
de 400 000 euros aux petites et moyennes associations qui oeuvrent en faveur des jeunes et qui portent des projets dans trois domaines : citoyenneté et éducation, santé et prévention des comportements à risques, solidarités numériques.

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