Ensemble contre la récidive

Inclusion -
« 59% des personnes qui sortent de prison risquent de récidiver » rappelle Pierre Botton, fondateur de l’association Ensemble contre la récidive. C’est pour lutter contre ce chiffre inquiétant et donner aux détenus une perspective de réinsertion, que son association intervient dans les prisons…
Communiqué de presse visuel
« La première minute d’incarcération doit être une minute de réinsertion »

« Pour les personnes qui vont sortir à court terme, la condamnation doit être un tremplin vers la réinsertion sociale et professionnelle », martèle Pierre Botton. Lutter contre l’humiliation, préserver le lien avec les familles, proposer des formations professionnelles ou citoyennes, des activités sportives ou culturelles : toutes ces actions visent à faciliter la réinsertion en sortie de prison et à limiter le risque de récidive. L’association mène également des projets pilotes sur l’insertion.

Le sport, qui permet de sortir des cellules surpeuplées et propose des modèles d’identification qui séduisent les détenus, est un vecteur privilégié d'actions pour l’association : rénovation de terrains sportifs, installation de terrain de foot, organisation de matchs entre incarcérés et joueurs professionnels, visites d’entraineurs… La Fondation Groupe EDF s’associe à cette démarche et a soutenu en 2014 la réalisation d’un plateau sportif pour Fresnes.

« Nous cherchons à casser les codes, à innover », déclare Pierre Botton, qui cite pêle-mêle le centre expérimental la prévention de la récidive de Saint-Quentin-Fallavier, mais aussi l’équipement de la maison d'arrêt de Versailles en imprimantes 3D, l’entrée des 25 premières ventes en librairie dans les bibliothèques ou plus récemment le projet sur l'exploration spatiale associé au planétarium.

Pourquoi proposer des séances de planétarium aux détenus ? 

Des séances de planétarium et d’astronomie pour les détenus, le lien n’est à priori pas évident. C’est pourtant le projet que l’association Ensemble contre la récidive a initié à la maison d’arrêt de Villepinte en Seine-Saint-Denis. Un médiateur scientifique, astronome, encadre 25 participants une fois par semaine pendant un mois. Les séances allient théorie, pratique et observation sous le planétarium gonflable et se terminent par un débat. L’accent est mis sur l’apport des différents savants et des différentes civilisations à l’évolution de l’astronomie, et l’animateur apporte des explications scientifiques sur des éléments de la vie quotidienne : comment calculer les heures, définir les saisons ? Si les séances permettent d’expliquer comment se repérer dans le ciel nocturne, elles visent aussi à faire réfléchir les participants sur les religions, les textes sacrés, à leur faire comprendre la démarche scientifique, à travailler en groupe et partager les points de vue. C’est cet aspect d’ouverture à la compréhension du monde et de partage de connaissances auprès de personnes coupées de tout, que la Fondation Groupe EDF a voulu favoriser.

« La liste d’attente pour cet atelier est de 200 détenus sur 1000, c’est donc un choix fort » se réjouit Pierre Botton, même s’il explique cet engouement par le peu d’activités proposées aux détenus.  Cet atelier devrait être dupliqué prochainement, plusieurs autres maisons d’arrêts d’Ile de France et de province ayant émis le souhait d’en bénéficier.

Une action rendue plus difficile en raison du contexte

« Aujourd’hui, je suis moins audible à cause du contexte. Le sujet de la radicalisation pollue tout » déplore Pierre Botton, bien conscient que les actions qu'il mène sont importantes pour lutter contre la radicalisation des petites délinquants car elles évitent « que les détenus ne se retrouvent enfermés dans 8,5 m2, 23h sur 24, avec des personnes qui chercheraient à les endoctriner et qui feraient pression ». Pierre Botton s’inquiète du changement de regard sur les détenus et de son impact sur les projets. Il redoute que la crise de surpopulation et la peur de prises d’otages ne rendent les interventions en milieu carcéral plus compliquées ou que des projets importants, comme le parloir numérique qui nécessite un accès internet, n’en soient fortement freinés. Il craint aussi que la peur de la radicalisation et le renforcement des mesures de sécurité ne remettent en cause certaines avancées, comme celles concernant les douches ou la renonciation à la fouille au corps. Cela risque également d’aller contre l’établissement d’une « forme de confiance » nécessaire à la mise en place de projets, comme celui du « Planétarium », qui implique l’usage de ciseaux pour la réalisation des cadrans solaires ou que les détenus soient plongés dans le noir total pendant la projection sous le dôme gonflable.