Une école de la deuxième chance

Inclusion -

Chaque année en France, 110 000 jeunes quittent le système scolaire sans diplôme et, du fait même, sans perspective d’insertion professionnelle. Le Réseau des Écoles de la 2° Chance (E2C) est un dispositif innovant d’insertion professionnelle, sociale et citoyenne qui s’adresse à de jeunes adultes de 18 à 25 ans, en décrochage scolaire…

Communiqué de presse visuel

La motivation, seul critère de sélection

Peu importent les raisons du décrochage scolaire. Tout jeune dont la motivation est validée par un entretien d’entrée peut intégrer une Ecole de la 2° Chance. « Cela va du jeune sorti de l’école à 16 ans à celui qui a le niveau bac puis a galéré ensuite ». Dès qu’il est admis, il obtient le statut de « stagiaire de la formation professionnelle ».

« On attend des stagiaires un vrai engagement », déclare Chantal Lebernady. Awatif, jeune femme dynamique de 21 ans, en atteste : « Ce n’est pas l’école qui vient nous chercher, c’est à nous d’aller vers elle ». En difficulté après une scolarité classique menée jusqu’en terminale, mais sans le bac, « indispensable pour suivre n’importe quelle formation », elle est orientée vers l’E2C par la Mission Locale, comme du reste plus de la moitié des stagiaires. Aujourd’hui, après « neuf mois intenses » à l’E2C, «et beaucoup d’implication », elle est fière d’avoir réussi à intégrer une formation dans le bâtiment, comme chef de chantier.

La durée moyenne passée à l’E2C est de 6 mois. La brièveté de ce parcours nécessite de se mettre très vite dans le rythme et de s’investir pleinement. « Lorsque nous voyons qu’un jeune ne pourra pas s’adapter aux exigences de l’école, nous ne le laissons pas sans solution », précise Chantal Lebernady. Nous l’orientons vers des structures plus adaptées. Il peut toujours revenir par la suite. »

 

Viser l’efficacité en alternant stages et formations

Le fonctionnement de l’école repose sur l’alternance de stages en entreprises et de modules de formation individualisés. Les stagiaires commencent par passer trois semaines à l’école. Les premiers modules sont concrets : ils abordent la lettre de motivation, le CV et le comportement en entreprise. Les stagiaires apprennent à contacter les entreprises car ils doivent les démarcher eux-mêmes pour trouver leurs stages, lesquels ne coûtent rien à l’entreprise. « Les codes de l’entreprise sont parfois à réapprendre » se souvient, amusée, Chantal Lebernady, qui évoque « ce jeune auquel on avait demandé de venir dans une tenue impeccable, comme pour un entretien professionnel, et qui s’est présenté en survêtement d’un blanc immaculé ». Un premier stage court permet ensuite de vérifier si le jeune supportera l’alternance et les règles de la vie en entreprise. Le stagiaire signe alors avec l’école un « contrat d’engagement ». Les périodes de formation et les stages, généralement réalisés dans des entreprises différentes, se succèdent ensuite avec l'idée que l'école s'adapte aux besoins conjugués du stagiaire et de l'entreprise.

Opportunités de stages, présentations des métiers, apprentissage : les entreprises sont au cœur du dispositif. « Il faut arriver à rentrer dans une relation de confiance pour qu’elles acceptent de donner une chance à ces jeunes en marge des parcours classiques » observe Chantal Lebernady, qui aimerait que les grandes entreprises « ouvrent davantage leurs portes ». 

 

Une formation et un suivi individualisés

« L’E2C n’est pas une école au sens traditionnel. Les modules de formation sont basés sur les besoins individuels. Dans un même atelier de maths, l’un va travailler les pourcentages parce qu’il en a besoin pour la vente quand l’autre doit connaître les volumes pour la menuiserie » explique René Philippe, Chargé des relations entreprises à l’E2C 93, qui accueille 600 jeunes par an. L’approche pédagogique est résolument positive, comme pour les rapports de stage qui « n’évaluent que les actions que le jeune a su faire », afin de renforcer sa confiance en lui.

Chaque stagiaire est suivi par un formateur référent. Des entretiens individuels réguliers permettent de faire le point, de préciser le projet professionnel et de lever les freins éventuels à l’insertion, comme les problèmes de logement ou de santé. La responsabilisation et l’apprentissage de l’autonomie sont des valeurs fortes du programme : ateliers de gestion de budget, participation au Conseil d’école, montage de projets. « C’est pourquoi nous pratiquons une écoute active : on n’assiste pas, on soutient » précise René Philippe. Un accompagnement qui se poursuit même après la sortie de l’école, avec un suivi post formation tous les trois mois pendant un an.

 

Des modules de citoyenneté

Des projets citoyens, éléments fondamentaux du programme, visent à favoriser l’ouverture sur le monde. « À l’E2C, j’ai appris les valeurs de la République. Je suis marocaine et je ne peux pas voter aux élections, mais avec l’E2C je suis allée voter pour le budget participatif de la Ville de Paris, pour moi c’était une première » relève Awatif.  Afin de rendre cet apprentissage « vivant et concret », les stagiaires s’organisent en mode projet pour découvrir des institutions comme le Conseil de Paris ou l’Assemblée Nationale, ainsi que des endroits emblématiques ou culturels comme le Panthéon, la basilique St Denis, l’Institut du Monde Arabe ou le musée du Judaïsme. La Fondation EDF soutient ces « visites citoyennes », abordées sous l’angle du « vivre ensemble ». Mohammed, 23 ans, qui n’était jamais entré dans un musée auparavant, a trouvé ces visites « passionnantes ». Lors de la visite du Panthéon, il s’est même « identifié à Marie Curiecomme [lui], issue de l’immigration ». Envoyé dans sa famille au Sénégal à la fin de sa 3ème et déscolarisé ensuite, il s’estime « tellement chanceux » d’avoir pu intégrer une Ecole de la 2° Chance et de vivre ces expériences.